Comment trouver l'étoile Polaire (Polaris)
La Polaire n'est pas l'étoile la plus brillante. C'est celle qui ne bouge pas. La technique en cinq secondes qui sert aux navigateurs depuis l'Antiquité.
L’étoile Polaire fait partie de ces petits savoirs pratiques qu’il vaut la peine d’emporter avec soi. Ça ne coûte rien à apprendre, ça prend dix minutes la première fois, et une fois que vous savez la trouver, vous pourrez la retrouver de n’importe où dans l’hémisphère nord pour le reste de votre vie. Elle vous donne aussi la direction approximative du nord partout où le ciel est dégagé, ce qui est utile depuis plusieurs milliers d’années.
La première chose à clarifier, c’est que Polaris n’est pas particulièrement brillante. Ça déroute presque tous les débutants. En levant les yeux par une nuit claire, les objets les plus brillants que vous voyez sont en général une planète ou deux, puis plusieurs étoiles nettement plus brillantes que Polaris. Polaris est à peu près de magnitude 2, ce qui la place autour de la cinquantième place sur la liste des étoiles les plus brillantes. Ce qui rend Polaris utile, ce n’est pas son éclat. C’est qu’elle se trouve, par une heureuse coïncidence de l’axe de rotation de notre planète, presque exactement au-dessus du pôle Nord. Cela signifie qu’elle ne bouge pas. Toutes les autres étoiles tournent dans le ciel au fil de la nuit, mais Polaris reste là où elle est, toute la nuit, chaque nuit.
La méthode classique
Vous avez besoin de la Grande Ourse, aussi appelée la Grande Casserole, le Grand Chariot, Karlavagn, la Louche, ou divers autres noms selon la région du monde d’où vient votre tradition d’observation. Ce sont sept étoiles disposées en une forme reconnaissable : un rectangle de quatre étoiles, avec un manche courbe de trois étoiles de plus rattaché à un côté.
Repérez les deux étoiles du bord avant du rectangle, à l’opposé du manche. Elles s’appellent Merak et Dubhe, au cas où vous voudriez leurs noms, même si ce n’est pas indispensable de les retenir. Imaginez une ligne droite qui part de Merak, passe par Dubhe, et continue dans le ciel en s’éloignant du reste de la Casserole. Maintenant imaginez prolonger cette ligne sur environ cinq fois la distance entre Merak et Dubhe.
Vous tomberez sur Polaris.
Voilà, c’est tout. Une fois que vous l’avez fait une fois, la géométrie reste gravée, et après quelques nuits vous repérerez Polaris en moins d’une seconde.
Quand la Grande Ourse n’est pas visible
En été, dans une grande partie de l’Europe, la Grande Ourse descend assez bas pour que les arbres et les maisons la cachent. La solution de secours est Cassiopée, une constellation en forme de W (ou de M, selon la saison, puisqu’elle tourne aussi autour de Polaris comme tout le reste). Cassiopée se trouve du côté opposé de Polaris par rapport à la Grande Ourse, ce qui veut dire que celle des deux qui n’est pas cachée est probablement encore levée.
Polaris se trouve à peu près à mi-chemin entre la Grande Ourse et Cassiopée. Si vous en avez trouvé une des deux, vous avez déjà bien réduit la zone où chercher Polaris.
Une astuce qui comptait énormément autrefois
La hauteur de Polaris au-dessus de votre horizon est égale à votre latitude en degrés.
Tenez-vous au pôle Nord et Polaris est juste au-dessus de votre tête, à quatre-vingt-dix degrés. Tenez-vous à Prague, à cinquante degrés nord, et Polaris est à cinquante degrés de hauteur, à mi-chemin entre l’horizon et le zénith. Tenez-vous à l’équateur et Polaris est pile sur l’horizon. Tenez-vous à Sydney et vous ne pouvez plus voir Polaris du tout, car elle est passée sous l’horizon — il n’y a pas d’étoile utile équivalente au-dessus du pôle Sud, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles la navigation dans l’hémisphère sud était plus difficile aux débuts.
Cette relation est le fondement de l’essentiel de la navigation céleste d’avant le GPS. Un marin avec un sextant, ou même juste un quadrant, pouvait mesurer l’angle de Polaris au-dessus de l’horizon, et il connaissait sa latitude à un ou deux degrés près, ce qui sur un long voyage faisait la différence entre toucher terre et la catastrophe. Christophe Colomb savait trouver sa latitude ainsi ; c’est la longitude qui le laissait perplexe.
Ce qu’elle est vraiment
Polaris est à environ 433 années-lumière, ce qui n’est pas particulièrement proche pour une étoile. C’est une supergéante jaune, bien plus grande et plus brillante que le Soleil, mais assez lointaine pour paraître plus pâle que des étoiles proches intrinsèquement bien moins lumineuses. Elle fait aussi partie d’un système triple, même si ses compagnes sont trop faibles et trop proches pour être vues sans télescope.
La dernière chose utile à savoir, c’est que Polaris ne sera pas l’étoile Polaire pour toujours. La Terre oscille lentement sur son axe, mettant environ 26 000 ans à accomplir une oscillation complète, et au fil de cette oscillation le pôle céleste glisse parmi différentes étoiles. Dans 12 000 ans, le pôle sera près de Véga, l’étoile la plus brillante du Triangle d’été. Dans l’Égypte ancienne, à l’époque de la construction des pyramides, l’étoile polaire était Thuban, dans le Dragon. En ce moment, par un heureux hasard de calendrier, nous vivons à une époque où l’étoile raisonnable la plus proche du pôle céleste est cette Polaris facile à trouver et moyennement brillante. C’est une coïncidence dont il vaut la peine de profiter tant qu’elle dure.
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